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Emmaüs Connect, un allié dans l’accès au numérique

par | 16 Fév 2022 | Interviews | 0 commentaires

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Emmaüs Connect, un allié dans l’accès au numérique

Emmaüs Connect, un allié dans l’accès au numérique

Devant les discours louant les apports des nouvelles technologies, on oublie parfois que de nombreuses personnes souffrent de difficultés d’accès au numérique. Ainsi, la « fracture numérique » est devenue un véritable facteur d’exclusion, lié aux revenus, mais aussi souvent à l’absence de compétences de base en la matière (ce qu’on nomme l’illectronisme, une problématique qui, malgré les apparences, touche aussi une partie des jeunes). Face à ce constat, l’association Emmaüs Connect déploie différents types d’actions, afin de soutenir les personnes en situation de précarité numérique.

Pour mieux comprendre la manière dont l’association agit sur le terrain, nous sommes allés à la rencontre de Marie Lafon, responsable du point d’accueil de Créteil.

 

Comment est née l’association ?

Emmaüs Connect a été créée en 2013, nous sommes un des premiers acteurs sociaux de l’inclusion numérique. Initialement, l’association ne faisait que vendre des recharges, parce que nous nous sommes rendus compte que des personnes dépensaient énormément dans les recharges, qu’elles ne pouvaient pas s’en passer. Y compris des personnes en grande difficulté, qui n’arrivaient pas à baisser leur consommation. Les personnes concernées sont donc toutes celles en situation de précarité et d’exclusion : des personnes avec de faibles revenus, des personnes à la rue, des primo-arrivants.

Nous vendons du matériel informatique; des PC et des smartphones à prix solidaires, mais des cartes sim et des recharges allant de 2 à 5 euros…

Le matériel, ce sont des dons d’entreprise. Si c’est un gros don, le reconditionnement est fait par Ateliers sans frontières ou les Ateliers du bocage, par exemple. Ensuite, une fois ce matériel arrivé au point d’accueil, il faut réinstaller des logiciels dessus, vérifier que tout fonctionne bien, donc c’est une deuxième vérification qui est faite par nos bénévoles reconditionneurs, qui en général sont assez compétents dans le numérique.

 

Est-ce que la plupart du temps, ce sont des personnes ayant travaillé dans le numérique ?

Pas forcément, il y a de tout, il y a aussi des gens qui ont été formés par Emmaüs Connect. Il y a des gens qui viennent et qui connaissent très bien le reconditionnement parce qu’ils en ont fait pendant leur travail, et d’autres que nous formons. C’est un travail qui se fait sur les ordinateurs et les smartphones.

 

Comment les personnes que vous accompagnez arrivent-elles vers votre point d’accueil ?

Nous travaillons avec un réseau d’associations, moi je suis responsable du Val-de-Marne donc le point d’accueil de Créteil accueille tous les bénéficiaires des structures sociales du département, qui auraient diagnostiqué chez eux une précarité numérique. Cela peut être des EDS (espaces départementaux de solidarité), des CCAS (centres communaux d’action sociale), des agences Pôles Emploi et des associations diverses comme Emmaüs Solidarité, France terre d’asile.

 

« Il y a plein de démarches qui se font sur internet, que les personnes

N’arrivent pas à réaliser »

 

Constatez-vous une augmentation des besoins d’utilisation des technologies de communication ?

Oui, maintenant c’est une cause d’exclusion en plus, donc pour les centres d’hébergement ou les organismes de maraude, nous pouvons faire des packs « maraude ». C’est un téléphone, une puce et une recharge gratuites.

 

Comment se définit la précarité numérique ?

En général, c’est l’absence de matériel et de connexion, mais aussi des difficultés pour accéder à l’information, et après il y a tout ce qui en découle : le logement, tout ce qui est bancaire, l’emploi, tout ce qui est administratif, l’accès aux droits principalement. Il y a plein de démarches qui se font sur internet, que beaucoup de personnes, en étant en situation d’exclusion et ne sachant pas utiliser l’ordinateur, n’arrivent pas à réaliser. Et pour leur venir en aide, nous offrons plusieurs types de solutions, nous avons des « web trotters » que l’on peut recharger, avec des cartes internet, qui permettent de se connecter à Internet. Ce sont des cartes de 8 giga qui coûtent deux euros, ce qui est beaucoup moins cher que dans le commerce. Cette année nous avons baissé nos prix, en baissant la recharge basique de 6 à 4 euros : c’est une formule appels et sms illimités durant 30 jours, avec 5 giga d’internet. Ensuite il y a une offre de 8 giga d’internet, où on est descendu de 4 à 2 euros.

 

Comment les bénéficiaires accèdent-ils à vos services ?

Nous fonctionnons avec des bons d’orientation, par des structures à qui nous avons expliqué tout ce qu’on met en place. Donc en général, les personnes qui viennent ici ont un référent, que l’on peut contacter en cas de souci Il y a parfois un suivi et un retour qui est fait aux associations qui les ont orientées vers nous, notamment France terre d’asile, qui est un partenaire qui gère des CADA (Centres d’accueil de demandeurs d’asile). Et en plus de ces ventes, nous faisons aussi de l’accompagnement. Nous avons des permanences connectées, qui sont ponctuelles. La personne s’inscrit et elle peut venir pour une heure et demie à deux heures, pour être formée par un bénévole. On essaye d’avoir un bénévole pour un bénéficiaire pour offrir un accompagnement très personnalisé. Ensuite, on a aussi des parcours d’initiation, des parcours de 12 heures qui reprennent le ba-ba, de l’utilisation du clavier et de la souris jusqu’à la création de la boîte mail, ainsi que sur le smartphone. Nous avons également créé un parcours « e-parentalité », c’est le parcours d’initiation de 12 heures, avec trois modules en plus sur Pronote, les ENT et l’éducation au numérique. Et à partir de mars nous allons reprendre les parcours Emploi, des parcours de 32h sur 2 semaines consécutives, à destination des demandeurs d’emploi. Ces parcours sont en partenariat avec Pôle Emploi qui auront la possibilité de nous orienter leur public.

Constatez-vous des besoins importants ?

Oui. Il y a des personnes qui viennent depuis Melun, et qui font deux heures de transports pour acheter leurs recharges. Nous, notre objectif, c’est de connecter un maximum de personnes qui se trouvent dans des villes plus reculées. Donc via des relais numériques, ce sont des structures qui vendent les recharges à notre place, avec le partenariat qu’on a avec SFR.

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